Littérature noire

Balles à « blancs »

Un groupe de policiers new yorkais se retrouve régulièrement autour de boissons alcoolisées. Pour gérer en commun leurs intenses frustration et impuissance. En effet, chacun à son « blanc » : une affaire de meurtre où le policier ou la policière sait qui est le coupable, mais ne peut pas l’arrêter. Soit pour un vice de IMG_2398procédure, soit parce que le meurtrier est particulièrement malin. Les flics doivent donc supporter de voir leur proie vaquer tranquillement à ses occupations, sans être inquiétée.

Un jour cependant, les « blancs » commencent à tomber comme des mouches. Simultanément, le flic chargé de l’enquête ainsi que sa famille se font harceler par un mystérieux personnage. Entre trouille et surréaction, le flic, qui a aussi son « blanc», sombre dans la parano.

Qui tue les « blancs » ? Un justicier ? Qui sème la zizanie dans la famille du flic ? Pourquoi ? Articulé de manière efficace atour de ces questions, l’enquête progresse sans temps mort jusqu’au dénouement, un tantinet « too much ».

Richard Price, qui se cache derrière le pseudo de Harry Brandt, l’auteur initial de The Whites, est connu pour être l’un des principaux auteurs de la série policière The wire.

Le meurtre de l’un des « blancs » est situé dans la gare de Grand Central à New York.

 

The whites, Richard PRICE

Published by Bloomsbury, London, 2015, 333 pages.

1 an dans la pile d’attente.

Homocide

Los Angeles, 1950. L’année vient de naître. L’univers poisseux de la ville crache son flot régulier d’événements nauséabonds. Par exemple, une série de meurtres homophobes avec des morsures de glouton et une tentative de la police d’infiltrer des syndicats communistes. Point commun des deux histoires: Danny Upshaw, jeune flic prometteur. Il se charge officieusement de l’enquête surIMG_1372 les meurtres et est choisi par un juge pour infiltrer le syndicat en plein Maccartysme. C’est le modèle du flic propre et vaguement idéaliste prêt à tout pour faire éclater la vérité. Mais comme d’habitude avec Ellroy, personne n’est droit et surtout pas les flics. A côté de Upshaw, apparaissent deux autres inspecteurs (Considine et Meeks) à ranger davantage dans la case « ripoux ». Meeks notamment a des liens avec la pègre et Considine démolit le visage de sa femme.

Par petites touches et des métaphores parfois très drôles, Ellroy dénoue les deux intrigues très largement imbriquées. La ville, un personnage du roman, révèle sa face sombre avec sa criminalité, ses héroïnomanes, ses boîtes de jazz crades, ses starlettes qui doivent coucher pour continuer de rêver. Loin des happy ends imaginés par l’industrie du film à Hollywood. De toute évidence, cela finira mal.

The big nowhere est le deuxième volet d’une tétralogie, connue sous le nom de « quatuor de L.A. ». The black dahlia ouvre cette tétralogie et L.A. Confidential et White jazz la concluent.

La lutte sans discernement contre le communisme, menée par le sénateur Joseph Mac Carthy aux Etats-Unis, constitue un des éléments de ce roman.

The big nowhere, James ELLROY
Édité par Arrow books, London, 1990, 472 pages.

18 ans dans la pile d’attente.

Le dentier du dragon

Francis Dolarhyde est mal parti dans la vie. Né sans palais, avec un bec de lièvre et les dents de travers, il est rejeté par sa mère dès le troisième jour à la maternité. Sa grand-mère, avec une tête de George Washington du billet de 1 dollar, joue les mamans de remplacement. Un tel handicap ne se remonte pas, il s’expie.2016-01-13 12.32.48-2

Arrivé à la quarantaine, Francis est employé par une entreprise qui développe les films de vacances – nous sommes dans les années 1970, bien avant le numérique. En dehors du boulot, Francis se sculpte un corps d’athlète, se paie un dentier qui lui donne l’air à peu près présentable. Et prépare sa vengeance en voulant devenir…un dragon.

Parce que sa mère est partie refaire sa vie avec un gros riche qui lui a fait trois enfants, Francis repère des familles de ce type via les films amateurs qu’on lui envoie. Avec une mise en scène particulièrement gore, il trucide deux familles au complet pour nourrir le dragon qui est en lui. La police et le FBI lancent alors Will Graham à ses trousses. Ce spécialiste des tueurs en série est aussi malade qu’eux, malgré sa vie rangée.

Graham, il faut bien le dire, patauge au début de l’enquête. Pour trouver des indices, il consulte Hannibal Lecter, tueur en série interné sous très haute surveillance. Il parvient juste à mettre sa propre famille en danger. Pendant que Francis tombe amoureux d’une non-voyante (évidemment avec sa tête…), Graham parvient enfin à connecter les bons synapses. Deux ou trois meurtres plus tard, l’histoire se termine après un ultime retournement. Bien ficelé et efficace, l’intrigue tient le lecteur en haleine et ménage ses effets de surprise.

Red dragon, paru en 1981, est la première des trois apparitions d’Hannibal Lecter, avant The silence of the lambs (Le silence des agneaux), paru en 1988, et Hannibal paru en 1999.

Francis Dolarhyde est inspiré par une aquarelle peinte aux environs de 1805 par William Blake The great red dragon and the woman clothed with the sun, propriété du Brooklyn Museum de New York.

Red dragon, Thomas HARRIS

Edité par Arrow Books, London, 1993, 319 pages.

20 ans dans la pile d’attente.

Exécutions capitalistes

The ax fait la démonstration de la nocivité intrinsèque du capitalisme. A privilégier l’actionnaire plutôt que les investissements dans l’entreprise réelle, à virer par charrettes entières alors que les comptes sont bénéficiaires, le capitalisme pousse au meurtre. Contremaître spécialisé dans l’industrie du papier, Burke Devore est au chômage depuisresize deux ans. Viré comme un malpropre à l’occasion d’une fusion, il cherche désespérément à sauver son train de vie moyenne et à préserver sa famille et le futur de ses enfants. Mais pas le moindre job ne se présente dans ce coin de la Nouvelle-Angleterre, entre l’Etat de New York et le Connecticut.

Alors Burke a une idée. Il repère un poste de contremaître dans une fabrique de papier pas trop loin. Puis, en publiant une fausse offre d’emploi qui correspond au poste convoité, il recueille les candidatures de six concurrents sérieux car présentant à la fois le même niveau de qualification et la même situation de chômage que lui. Pour être sûr de se faire embaucher, il faut d’abord liquider, un à un, la concurrence, puis exécuter le titulaire actuel du poste.

Burke met en oeuvre son plan en sept meurtres avec notamment l’aide d’un pistolet allemand de la Seconde Guerre mondiale, laissé par son GI de père. De coups de chance en imprévus très vaguement maîtrisés, Burke avance dans la jungle impitoyable qu’est devenu la recherche d’emploi. Burke descend (dans) sa liste de noms et les commentaires acérés et justes sur une économie qui n’a plus de sens se mêlent à l’intrigue.

Adepte d’un style dépouillé, Donald Edwin Westlake, décédé le 31 décembre 2008, a écrit ce livre en 1997 à l’âge de 64 ans.

Ce livre a été transposé au cinéma et dans la réalité française par le réalisateur Costa Gavras en 2005. La bande-annonce du film Le couperet est ici.

The ax, Donald E. WESTLAKE,

Edité par Warner Books, New York, 1998, 339 pages.

10 ans dans la pile d’attente.

Culture Duchamp

D’abord il y a le titre : Ce sont toujours les autres qui meurent, c’est également l’épitaphe qui orne la tombe de l’artiste contemporain Marcel Duchamp. Ensuite il y a le nom du personnage principal: Blainville, c’est aussi le lieu de naissance dudit Duchamp. Enfin, et ce n’est pas tout : la mise en scène d’un crime de ce roman évoque une oeuvre fameuse de l’artiste.

Ce livre est donc perclus de référencesimg_vilar_cest_toujours à Marcel Duchamp, celui qui, inventeur du ready-made, a transformé les urinoirs en oeuvre d’art. Blainville donc, pas tout à fait revenu de l’ultra-gauche française et de ses nombreux sous-groupuscules, se trouve mêlé à la découverte, par la police, de cadavres divers et pas mal avariés. Au travers d’un inspecteur plus intelligent que la moyenne, cette police le traque en espérant vaguement comprendre ce qui motive ces crimes.

Il s’avère que Blainville est finalement (probablement?) manipulé par d’anciens collègues de lutte. Une femme aussi futée que belle et mystérieuse finit notamment par l’ensorceler et l’attirer dans ce qui constitue la toile de fond des meurtres : une opération commando contre la « beaubourgisation » de l’art contemporain. Si ce dernier, par essence révolutionnaire, finit par se figer dans des institutions, tout est foutu. Le commando terminera mal et les oeuvres contemporaines « rebelles » seront réinstallées, consacrées comme art mainstream.

Ce livre est paru en 1982, il a été réédité aux éditions Babel en 2008.

Un groupe de fans de l’auteur Jean – François Vilar propose ici une « flânerie à partir de [ses] écrits ».

C’est toujours les autres qui meurent, Jean – François VILAR,

Edité par Éditions Sadag, Genève, 1982, 278 pages.

7 ans dans la pile d’attente.