Le meunier n’est-il pas un peu diabolique sur les bords ? Et pas que sur les bords avec ce pourpoint rouge ? Dans la plaine polonaise, les armées suédoises et russes s’affrontent en ce début de XVIIIe. C’est la « grande guerre du Nord ». Dans ce contexte, deux hommes scellent un pacte non écrit dans un moulin à l’abandon. Les termes de l’accord sont que l’un va prendre l’identité de l’autre et vivre sa vie. Ce pacte vaguement faustien est conclu sous l’oeil attentif du meunier, ou plutôt son spectre: il est déjà mort depuis un bout de temps.
Ainsi le cavalier suédois, Christian von Tornefeld, timide et geignard, propose au Voleur (qui n’a pas de nom) d’aller chercher de l’appui auprès d’un oncle qui gère un domaine agricole, parce qu’il n’a pas envie de sortir dans le froid. Il laisse au Voleur une bible porte-bonheur qui servira à ce dernier de signe de reconnaissance. Le Voleur s’y rend, constate que l’oncle est mort et que sa fille Maria Agneta se fait peu à peu dépouiller par des gérants du domaine aussi avides que peu scrupuleux. Il décide de prendre la place de Christian, de remettre de l’ordre sur le domaine. Mais pour cela, il faut du cash qu’il va d’abord aller chercher sous formes ciboires et autres calices dans les églises du coin. Pendant que Christian finit par se faire allègrement trucider sur un champ de bataille, le Voleur usurpe son identité pendant 7 années. Avant que n’arrive le moment du règlement des comptes. Décidé par le meunier au pourpoint rouge ?
Ce jeu sur l’échange d’identité a été publié en 1936 par l’auteur autrichien Leo PERUTZ.
Ce récit est sorti en BD et français en mai 2013, c’est repérable ici.
Der schwedische Reiter, Leo PERUTZ
Edité par Paul Zsolnay Verlag, Wien, 1980, 243 pages.
24 ans dans la pile d’attente.