Endépandans Cha Cha

Toussaint Louverture était un adepte du mouvement perpétuel. Quoi de mieux en effet que de se trouver toujours à cheval par les chemins de Saint-Domingue pour débouler là où il n’est pas attendu, pour prendre ses adversaires à revers, pour changer les plans au dernier moment? Master of the crossroads (Maître des carrefours) nous fait bien entrer dans cette stratégie suivie entre 1791 et 180master-crossroads0 par ce fin tacticien toujours sous-estimé par ses adversaires blancs. Parfaitement adaptée aux circonstances compliquées de la naissance d’Haïti, la guerre en mouvement implique aussi le renversement des alliances. Entre les Anglais, les Espagnols, les Français à l’agenda trouble, les créoles et ses lieutenants qui deviennent des concurrents, Toussaint danse en permanence, s’alliant pragmatiquement aux uns et aux autres. Cette versatilité apparente cache cependant un objectif clair et inébranlable : l’indépendance d’Haïti et la fin de l’esclavage.

Toutefois, pour paraphraser Mohamed Ali, Toussaint ne flotte pas seulement comme un papillon, il pique également comme une abeille (« Float like a butterfly, sting like a bee »). Les changements d’alliances sont en effet ponctués par des violences, parfois durement réprimées, et une discipline ascétique de Louverture et de ses hommes.

Avec fidélité et couleurs, Bell nous restitue cette fresque importante de l’histoire du continent américain, sans oublier d’imbriquer ses personnages romanesques (notamment le docteur Hébert) dans la trame des faits réels. Ce mélange est parfois raté avec des passages trop « plaqués » qui semblent tirés de livres d’histoire et collés directement dans le roman.

Ce livre mérite cependant le détour : il met en lumière l’hypocrisie de la Révolution française. Liberté, égalité, fraternité ? Oui d’accord, mais pour autant que la couleur de la peau du citoyen soit suffisamment claire….

Master of the crossroads est le deuxième volet d’une trilogie de Bell sur la naissance d’Haïti, commencée avec All souls’ rising et se terminant avec The stone that the builder refused.

La couverture du livre reproduit un détail d’un portrait de Toussaint Louverture, peint par Gustave Alaux (1887 – 1965). A voir cet avis de recherche lancé par Interpol, ce tableau semble avoir disparu (volé ?) du Musée du Panthéon National Haïtien, au lendemain de l’énorme tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Master of the crossroads, Madison Smartt BELL

Édité par Vintage books, New York, 2004, 680 pages.

11 ans et 10 mois dans la pile d’attente.

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