La Ligne de mort

Rien de tel qu’un film presque culte pour enjoliver l’histoire. Le pont de la rivière Kwai, avec ses prisonniers-héros dans les camps japonais, sifflant une mélodie indémodable pour se donner du courage, est bien loin de la réalité. Dans The narrow road to the deep North, Richard Flanagan décrit au contraire l’inhumanité vécue par les détenus de guerreimg_the-narrow-road australiens sur le chantier absurde d’une ligne ferroviaire devant relier Bangkok à la Birmanie.

Mené par le personnage principal, le médecin militaire Dorrigo Evans, le contingent de prisonniers se fait broyer au fil du temps. Jour après jour, leur nombre diminue. Les termes « camp de travail » sont encore trop beaux pour décrire ce mouroir dans la jungle. Une boulette de riz par jour, des ulcères, d’incroyable carences alimentaires, la dysenterie et une faim omniprésente scandent les pages de ce livre. Les squelettes ambulants doivent chaque jour déboiser, casser la roche et porter les rails et traverses pour faire avancer la Ligne au nom de l’Empereur. Ils se tuent littéralement au travail.

Evans a le sale rôle : il doit sélectionner, chaque jour, dans une âpre négociation avec les militaires japonais, ceux des hommes qui vont aller sur la Ligne. Aucun n’est en état, ne serait-ce que pour marcher jusqu’au chantier. Mais les exigences augmentent et ils sont de plus en plus nombreux à se crever à la tâche. Avec des scènes absurdes ou horribles, Flanagan mêle à ce récit des épisodes de la vie de Evans avant et après les camps. Sa relation superficielle avec les femmes, un côté vaguement cabotin mais surtout une gravité de pierre montrent qu’Evans n’est jamais revenu de la forêt tropicale thaïlandaise.

Le livre s’articule en fonction de la question « et si… ? ». Et si Evans avait su qu’un de ses seconds était en fait son neveu ? Et si Evans avait reçu en captivité une autre lettre que celle annonçant faussement la mort de la femme de sa vie ? Et si, Evans avant la guerre n’avait pas rendu visite à son oncle d’Adelaïde ? L’histoire est remarquablement tenue et l’écriture sensible, même si des hasards un peu trop improbables lui font perdre un peu de crédibilité.

Le titre de ce roman est inspiré de Le chemin étroit vers les contrées du Nord. Il s’agit d’un recueil de haïkus écrits par Matsuo Basho, un poète du XVIIème siècle, considéré comme l’un des auteurs classiques de la littérature japonaise.

Un site mis en place par le gouvernement australien évoque l’horreur de ce que fut le chantier de la Ligne, entre 1942 et 1945, avec des références aux musées qui peuvent être visités à Kanchanaburi, en Thaïlande.

 

The narrow road to the deep North, Richard FLANAGAN

Édité par Vintage books, Sydney, 2014, 467 pages.

5 mois dans la pile d’attente.

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