Réseaux sociaux, société zéro

La Corée du Nord l’a rêvé, les réseaux sociaux l’ont réalisé. « La vie privée c’est le vol » est en effet un des slogans imaginés par l’héroïne de ce roman. Mae Holland, c’est son nom, se fait engager par une firme active sur Internet et ayant basé son succès sur son moteur de recherche. Toute ressemblance avec la virtualité Google n’est absolument pas IMG_1061fortuite, même si l’entreprise s’appelle ici The Circle. Mae en gravit rapidement les échelons, mais au prix d’une reddition quasi-totale de sa vie privée. Elle vit, respire, mange et dort The Circle. Elle se fait happer, consentante, par la machine en lui laissant toutes ses coordonnées et fichiers personnels dès le premier jour. De son cou pend une caméra branchée en permanence et qui filme sa vie en « transparence ». Le travail est organisé pour se mettre une pression insupportable : un rating constant de son travail, une compétition interne stimulée par des classements dans tous les domaines ou une participation « pas obligatoire, mais fortement recommandée » aux activités sociales de l’entreprise.

Les seuls à résister sont les parents ou les amours de jeunesse de Mae, qui ne veulent pas entrer dans le champ de la caméra qui lui pendouille au cou. Eggers met bien en évidence le glissement insensible vers la prise de contrôle par The Circle de la vie de ses employés, puis de tous celles et ceux qui ont un compte chez eux. Par petits clics, en connectant des outils de contrôle de plus en plus complexes, The Circle tisse sa toile mortifère et emprisonne virtuellement ses usagers. Au final, le réseau social met en charpie le tissu social, cette « chose » concrète, faite de contacts entre personnes de chair et d’os, qui fonde toute société humaine. La dictature de The Circle se masque ici d’une fausse cool attitude, pour mieux faire passer la pilule.

A trop vouloir développer sa thèse du danger que représente ce genre d’entreprise totalitaire, Eggers en oublie de soigner son style, la crédibilité de certaines situations et l’épaisseur de ses personnages. Un livre à lire pour le fond et vraiment pas pour la forme : le temps pris pour sa lecture sera au moins volé à Google, Facebook ou Twitter.

Ce roman a été adapté au cinéma en 2017. La bande annonce ici.

L’action de ce livre se déroule dans la baie de San Francisco, où Mae Holland s’adonne à une activité visiblement populaire à cet endroit: le kayak dans l’estuaire.

The Circle, Dave EGGERS

Édité par Vintage Books, New York, 2014, 497 pages.

9 mois dans la pile d’attente.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s