Littérature hispanophone

Le soldat inconnu

Nord-Est de l’Espagne en janvier 1939. La guerre civile qui a ravagé le pays depuis près de trois ans vit ses dernières semaines. La République est sur le point d’être défaite et de laisser la place à quarante obscures années de franquisme. Un soldat républicain laisse s’échapper un prisonnier fasciste, une figure de la Phalange espagnole, Rafael Sánchez Mazas. Celui-ci survit dans les bois, avec l’aide de paysans plutôt favorables à la République. Il rallie Franco et devient un notable de la dictature.

Soixante ans plus tard, le narrateur/auteur écrit un roman sur cet épisode et se met à la recherche du soldat « sauveur » inconnu. Le retrouvera-t-il ? Le chemin passe par Blanes et Roberto Bolaño, une musique de paso doble, Dijon, la Légion étrangère pendant la Seconde Guerre mondiale et quelques longues heures de train.

Ce livre est remarquable et à lire absolument. Avec parfois des facilités d’auto-mises en scène un chouïa agaçantes, Cercas revendique pour l’héritage républicain la place qui lui est due dans l’histoire de l’Espagne. A sa sortie en 2001, plus de 20 ans après le retour de la démocratie, ce roman a rencontré un public important dans ce pays. Beaucoup y ont vu certainement un moyen de réclamer enfin avec fierté d’avoir été du « mauvais » côté sous la dictature franquiste. Intelligemment construit, ce roman mêle la réalité et la fiction. Il démontre l’importance et l’honneur qu’il y a à mener des guerres pour la démocratie et la liberté, même quand elles sont perdues d’avance.

L’auteur raconte dans son roman comment la rencontre avec Roberto Bolaño le lance sur la piste du soldat inconnu. Roberto Bolaño est un auteur chilien, auteur de nombreux romans. Parmi ceux-ci, 2666 est considéré par beaucoup comme le meilleur roman de la littérature hispanophone.

Soldats de Salamine a inspiré un film réalisé par David Trueba, sorti en 2003: la bande-annonce est ici.

Soldados de Salamina, de Javier CERCAS.

Publié en 2016, par Penguin Random House Grupo Editorial, Barcelona, España.

Publié en français par Actes Sud.

8 ans dans la pile d’attente.

Le Celte de la terre

L’Irlandais Roger Casement peut bien être considéré comme un des pères spirituels d’Amnesty International. Au début du XXème siècle, cet engagé ferraille sans cesse, ni découragement, contre les conditions inhumaines des esclaves collecteurs de caoutchouc. Le plus saisissant est la dénonciation, déjà en 1913, de la traite « moderne » d’enfants victimes d’eel suenoxploitation sexuelle dans des bars miteux. Un siècle après, pas grand-chose n’a changé.

D’abord au Congo, puis en Amazonie péruvienne, Casement, au service de la Couronne britannique, porte la plume avec laquelle il écrit ses rapports dans la plaie de la bonne conscience anglaise. Les illusions à propos de soi-disant bienfaits de la colonisation sur les populations de ces régions volent en éclat. Malade et épuisé, Casement, adoubé du titre de Sir, se retourne alors contre le Royaume. Il voue ainsi ses dernières années à la lutte pour l’indépendance de l’Irlande et finira pendu pour cela.

Mario Vargas Llosa s’est très bien documenté sur la vie de ce personnage au parcours il est vrai romanesque. Cela se voit un peu trop. Les (grosses) ficelles de la trame du roman apparaissent dès la fin du premier tiers du livre. L’auteur voit sa créativité bridée par le poids historique de son sujet. La « conversion » du gardien de prison de brute épaisse en type presque compatissant est aussi rapide que mièvre et facile. Les dialogues inventés sonnent parfois creux et peu naturels. L’homosexualité de Casement est par contre évoquée de manière sensible et subtile, en soulignant à quel point la « norme sociale » de l’époque ne tolérait aucun écart du modèle hétéro et du mariage.

Ce livre a été achevé en 2010, quelque mois avant que Mario Vargas Llosa se voit décerner le Prix Nobel de littérature.

L’épilogue mentionne le rapatriement en Irlande des restes de Roger Casement près de 50 ans après son exécution. Cet événement a été documenté ici par des photographies et par un film d’actualité.

El sueño del celta, Mario VARGAS LLOSA

Edité par Santillana Ediciones Generales, Punto de lectura, Madrid, 2011, 455 pages.

3 ans dans la pile d’attente.